Le financement des thèses, tour d'horizon
En France, le financement des thèses de doctorat a connu des évolutions majeures dans les dernières années, marquées par une revalorisation de la rémunération du contrat doctoral (+30% en 6 ans pour atteindre 2300€ brut mensuel en 2026), par une augmentation de la part des doctorants financés (de 50% à 80% en 20 ans) et par la diversification des acteurs et des sources de financement.
Principalement porté par l’État et les établissements publics, ce financement s’ouvre de plus en plus à des partenariats avec le secteur privé, les fondations, les collectivités territoriales et bénéficie de programmes européens et internationaux.
Ces changements reflètent à la fois l'internationalisation de la recherche dans un contexte de société de la connaissance, une volonté d’adapter la recherche aux besoins socio-économiques, d'être attractif auprès des candidats et de veiller à ce que toutes les conditions soient réunies pour assurer le bon déroulement du doctorat.
Statistiques : état et évolution du financement des thèses en France.
Les principaux financeurs : qui finance des thèses ?
Le financement d’une thèse provient de sources variées et l’employeur du doctorant (celui qui signe le contrat) n’est pas toujours le financeur (celui qui fournit les fonds).
Financeurs publics nationaux
État
- Via les contrats doctoraux alloués par les établissements publics d'enseignement supérieur et de recherche à travers leurs écoles doctorales,
- Via le financement de la recherche alloué aux organismes de recherche (CNRS, INSERM etc.), à l'agence nationale de la recherche (ANR) à France 2030 avec, par exemple, les programmes prioritaires de recherche (PEPR) et des programmes spécifiques (DGA, CNES, Gendarmerie nationale)
- Via les financements destinés aux doctorants étrangers dans le cadre de la diplomatie française,
- Via les Cofra (Conventions de formation par la recherche en administration) qui financent des projets de recherche répondants à des problématiques d'administrations de l'État (ministères, agences nationales…).
Collectivités territoriales
La plupart des régions, certains départements et même des communes, financent ou cofinancent des thèses de doctorat ou des programmes de financement de la recherche permettant de financer des doctorants, notamment dans des domaines stratégiques (transition écologique, innovation) ou répondant à des enjeux territoriaux (littoral, montagne, culture et patrimoine).
Les collectivités territoriales peuvent faire appel au dispositif Cifre.
Secteur public de la santé
À travers des programmes de Santé Publique France, les agences régionales de santé, les hôpitaux publics. Ces derniers peuvent accorder des aménagements à des médecins, pharmaciens, kinésithérapeutes etc. pour préparer un doctorat à temps partiel sur des projets répondant à des besoins de recherche de l'hôpital et à des enjeux de formation.
Financeurs privés nationaux
Entreprises et associations
Via les Cifre (Conventions Industrielles de Formation par la Recherche) qui sont soutenues par une subvention de l’État et le crédit d’impôt recherche, via des financements de chaires ou de programmes de recherche partenariale ou du mécénat (mécénat de doctorat, avec un versement au laboratoire ou mécénat de compétences). Elles peuvent également accorder des aménagements du temps de travail à des salariés déjà en poste pour préparer un doctorat à temps partiel.
Fondations
Certaines fondations (comme la Fondation pour la Recherche Médicale ou la Fondation de France) financent des thèses sur des thèmes ciblés.
Ces financements sont souvent attribués sur dossier et peuvent être complémentaires à d’autres sources de revenus.
Financeurs internationaux
- Programmes de la Commission Européenne (Horizon Europe, bourses Marie Skłodowska-Curie),
- Organisations internationales finançant des projets de recherche répondants à leurs problématiques (OCDE, ONU, OMS),
- Bourses proposées par des pays partenaires (bourses du DAAD pour l’Allemagne, bourses Fulbright pour les États-Unis, etc.)
- Partenariats internationaux (par ex. cotutelle internationale de thèse): Financement ou cofinancement d'universités étrangères, d’organismes de recherche étrangers ou d'entreprises étrangères.
Qu'est ce qui est financé ?
Un projet doctoral est un investissement sur l'avenir, à la fois pour produire des résultats de recherche et pour former une future docteure ou un futur docteur.
Le coût d'un projet doctoral peut être très variable selon les conditions de déroulement du doctorat et surtout selon le sujet de thèse.
Les dispositifs de soutien à la recherche partenariale, les incitations fiscales et les collaborations de recherche permettent de réduire ces coûts et de les partager entre plusieurs partenaires (voir CIFRE, (Ouvre une nouvelle fenêtre) CIR, (Ouvre une nouvelle fenêtre) CICO, mécénat de doctorat) et permet aux partenaires du secteur privé d'accéder à des infrastructures et équipements de recherche publics, nationaux ou internationaux.
- La rémunération du doctorant ou de la doctorante : sous forme de contrat doctoral de droit public (~115k€ en coûts complets pour 3 ans en 2026), de droit privé, d’une bourse pour doctorant étranger ou d’un aménagement du temps de travail d’un salarié pour préparer un doctorat à temps partiel,
- Les frais génériques de recherche : poste de travail, bureautique et services numériques, frais de missions, coûts d'accès à la littérature scientifique du domaine et autres frais génériques liés à l'accueil d'un doctorant ou d'une doctorante dans un laboratoire de recherche,
- Les frais génériques de formation : mobilisation d'une directrice ou d'un directeur de thèse, coûts liés à l'organisation de la formation doctorale et à son suivi (fonctionnement de l'école doctorale, mobilisation d'une commission d'admission, de comités de suivi individuel, de rapporteurs et de jurys de soutenance, diplomation et publication de la thèse etc.), coût de modules de formation doctorale obligatoires (éthique de la recherche et intégrité scientifique etc.),
- Les frais spécifiques de recherche : ces frais dépendent fortement du sujet de thèse et peuvent varier fortement entre des travaux principalement théoriques et des travaux principalement expérimentaux ou de terrain. Ils peuvent comprendre des coûts de consommables, de logiciels, temps de calcul, accès à des bases de données, à des infrastructures et des grands instruments de recherche, à des équipements de recherche, des frais de terrains, de cohortes et d'autres frais de recherche spécifiques,
- Les frais pour des formations spécifiques : des formations spécifiques préalables peuvent être nécessaires pour que la doctorante ou le doctorant puisse obtenir les autorisations nécessaires pour réaliser certaines expérimentations, accéder à certains sites, matériels ou terrains (expérimentation animale, habilitation à travailler en milieu ionisé, langues, etc.).
Chiffres clés, sur l'état et l'évolution du financement des thèses en France
Effectifs
En près de 20 ans, les effectifs de doctorantes et doctorants financés pour préparer leur doctorat ont augmenté de près de 30%. Leurs effectifs sont passés de 10 114 parmi les inscrits en 1ère année de l'année 2005-2006 à 13 028 parmi ceux de l'année 2023-2024 (+2914).
Sur la même période, les effectifs de doctorantes et doctorants préparant leur doctorat en parallèle d'une activité principale rémunérée sont passés de 2978 parmi les inscrits en 1ère année de l'année 2005-2006 à 2357 parmi ceux de l'année 2023-2024 (-621).
Enfin, sur la même période, les effectifs de doctorantes et doctorants préparant leur doctorat sans activité rémunérée, ont été fortement réduits (-77%), notamment parce que les directrices et directeurs d'école doivent vérifier, lors de l'inscription en doctorat, que les conditions scientifiques, matérielles et financières sont bien réunies pour permettre le bon déroulement du doctorat. Ils sont passés de 4630 parmi les inscrits en 1ère année de l'année 2005-2006 à 1064 parmi ceux de l'année 2023-2024 (-3566). A noter que ces effectifs comprennent des cas particuliers comme des doctorants retraités, par exemple.
Ces évolutions combinées aboutissent à une légère baisse des effectifs de doctorantes et doctorants inscrits en 1ère année (-7% entre 2005-2006 et 2023-2024). Mais cette baisse correspond principalement à une amélioration des conditions de déroulement des thèses sur cette période.
Sources de financement
à la rentrée 2023-2024, parmi les doctorantes et doctorants inscrits en 1ère année de doctorat et bénéficiant d'un financement :
- 40,8% ont un financement alloué, via une école doctorale, par une université ou par un établissement d'enseignement supérieur et de recherche relevant du Ministère de l'Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l'Espace (MESRE), sur sa subvention pour charge de service public.
- 16,9% avaient un financement relevant d'un organisme de recherche. Ces financements sont issus des budgets récurrents de ces organismes alloués par le MESRE ou sur des projets et programmes gérés par ces organismes (France 2030, ANR, Horizon Europe).
- 9,9% sont financés dans le cadre d'une convention Cifre favorisant la recherche partenariale. A noter que le dispositif Cifre est ouvert aux entreprises, aux associations et aux collectivités territoriales.
- 6,2% sont financés par une collectivité territoriale (hors Cifre).
- 10,6% ont un financement pour doctorants étrangers. Ces financements sont les seuls qui peuvent être sous forme de bourses.
- Et enfin, 15,5% ont un autre financement. Il peut s'agir de conventions de formation par la recherche en administration (Cofra), de mécénat, de financement sur des projets et programmes gérés par les universités et établissements d'enseignement supérieur et de recherche et d'autres sources.