Catherine Truffert

Ambassadrice du doctorat en Centre Val de Loire, docteure en Géodynamique, Catherine Truffert est présidente de la société IRIS Instruments, filiale du BRGM.

Photo de Catherine Truffert

Mon parcours

Docteure en géodynamique, j’ai soutenu ma thèse à l’Université Pierre et Marie Curie, au sein du Laboratoire de Géologie de l’École Normale Supérieure (Paris 5e). Mon travail a croisé géophysique, géologie structurale et pétrologie pour élucider un enjeu scientifique majeur : les mécanismes et les conséquences de la convergence entre les plaques africaine et européenne en Méditerranée orientale.

Grâce à des observations de terrain en Crète, j’ai reconstitué le chemin pression-température des roches métamorphiques impliquées dans la subduction, traçant leur évolution lors de leur enfouissement. En parallèle, l’analyse de données sismiques (réfraction et réflexion verticale à deux bateaux) a permis de modéliser une subduction où la plaque africaine entraîne une part significative de sa pile sédimentaire, les évaporites Messéniennes (6 Ma) jouant un rôle clé de surface de décollement. Ces travaux ont révélé que seuls les sédiments post-6 Ma s’accrètent au front de convergence, tandis que le reste s’enfouit avec la plaque.

Bien que fondamentale, cette recherche a trouvé un écho inattendu des décennies plus tard : les travaux ultérieurs en sismo-tectonique et les campagnes sismiques ont suscité l’intérêt de groupes comme Chevron, candidats au dépôt de permis d’exploration de gaz naturel au large de la Crète.

Aujourd'hui je dirige IRIS Instruments, une filiale du BRGM, co-détenue par le groupe japonais OYO Corporation. Notre entreprise conçoit et fabrique des instruments de géophysique pour l’exploration du sous-sol, alliant expertise scientifique et innovation technologique. À la tête d’une équipe pluridisciplinaire - électroniciens et géophysiciens, dont trois docteurs - je cultive un dialogue constant entre besoins clients, contraintes techniques et avancées scientifiques. Mon rôle : garantir la pérennité de l’entreprise et l’épanouissement de ses collaborateurs, tout en identifiant des opportunités de croissance (nouveaux marchés, partenariats, innovations).

Je prends des décisions stratégiques, comme le doublement de la superficie de l’entreprise, et rends des comptes aux actionnaires (BRGM et OYO). Mon objectif est aussi d’instaurer une culture d’entreprise alignée sur ses valeurs, tout en anticipant et gérant les risques propres à un secteur de niche à l’échelle mondiale.

Ma vision du rôle d’ambassadrice

Mon engagement en tant qu’ambassadrice du doctorat est né d’un constat : en France, le doctorat reste sous-valorisé hors du monde académique, et les jeunes talents renoncent trop souvent à cette voie, persuadés qu’elle freinera leur insertion professionnelle. Pourtant, le doctorat est une école de la résilience et de l’innovation. Il forge des esprits capables de dépasser l’état de l’art, de naviguer dans l’incertitude, et de transformer des défis en opportunités.

Les docteurs ne sont pas des rêveurs, mais des téméraires avisés : leur capacité à décloisonner les savoirs et à innover est un atout majeur pour les entreprises, bien au-delà de la R&D. En Allemagne, le secteur privé est un employeur clé des docteurs ; en France, ils ne représentent que 13 % des effectifs en R&D. Ce retard se paie cher : sans innovation, nos industries perdent en compétitivité.

Mon combat ? Démystifier le doctorat et convaincre entreprises, filières et syndicats patronaux de :

  • Recruter des docteurs pour diversifier leurs équipes et stimuler l’innovation
  • Créer des dispositifs internes permettant aux ingénieurs de soutenir une thèse en entreprise.

Les docteurs, qu’ils soient en sciences « dures » ou en sociologie, apportent une vision panoramique et des solutions inédites, essentielles pour anticiper les blocages (co-construction, dialogue avec les populations) ou innover dans des secteurs variés. Je citerai comme exemple l’importance de comprendre les besoins d’une population et les codes culturels avant d’imposer une quelconque infrastructure (routes, centrales énergétiques, mines…).

L’enjeu est double : redonner confiance aux jeunes talents et réinventer la place du doctorat dans l’industrie française, pour que nos entreprises restent compétitives et audacieuses.

Ambassadrice Domaine de thèse : Sciences de la Terre et de l'Univers Région Centre-Val de Loire Secteur entreprenariat Secteur R&D en entreprise

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