Carlo Baghetti
Ambassadeur du doctorat en Provence Alpes Côte d'Azur, docteur en littérature italienne, Carlo Baghetti est enseignant-chercheur à l'Université se Strasbourg.
RÉPUBLIQUE
FRANÇAISE
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De la définition du sujet de recherche à la poursuite de carrière
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Ambassadeur du doctorat en Provence Alpes Côte d'Azur, docteur en littérature italienne, Carlo Baghetti est enseignant-chercheur à l'Université se Strasbourg.

Depuis mes premières recherches, menées dans le cadre de mon mémoire de Master 2 à l’Université de Rome « La Sapienza », j’explore la manière dont la littérature raconte le travail. Mes premiers travaux sur la représentation de l’espace de bureau et de ses injonctions, à partir de romans italiens et français, m’ont rapidement conduit à élargir la perspective : la question ne pouvait se limiter ni au seul bureau, ni à l’Italie et à la France, ni à la stricte contemporanéité. Il s’agissait plutôt de comprendre comment littérature et arts ont raconté le travail au moment où celui-ci se transforme rapidement, depuis les années 1980. L’art demeure-t-il un réservoir critique, capable de lire le monde au-delà des apparences et des mythes, ou se conforme-t-il de plus en plus au discours dominant ?
La thèse de doctorat s’est imposée comme le dispositif adéquat, à condition d’en circonscrire l’objet. Grâce à un financement A*Midex (programme « Initiatives d’Excellence » d’AMU), j’ai mené une étude ciblée sur le cas italien (1994-2018), qui m’a permis de poser les bases théoriques de ce que je définis comme des « labour narratives » : un ensemble de productions artistiques – littérature, cinéma, séries télévisées, musique – cristallisant divers discours sur le travail et assurant leur diffusion au sein de la sémiosphère.
Après la soutenance (2019), j’ai poursuivi ce chantier en le focalisant sur des aspects plus précis. Un premier post-doctorat à la Casa de Velázquez m’a donné l’occasion d’analyser en Espagne des récits de vie marqués par la précarité, élargissant ainsi la cartographie méditerranéenne des récits du travail.
Ensuite, avec le soutien de l’Institut Créativité et Innovation d’Aix-Marseille Université (InCIAM), j’ai étudié pendant deux ans la représentation des émotions en littérature et, plus particulièrement, celles qui émergent face à une condition professionnelle de plus en plus précarisée.
Fort de ces expériences, j’ai préparé un projet européen (ERC), accompagné par l’Agence Nationale de la Recherche (financement « Access ERC »), sur lequel je travaille encore aujourd’hui. Depuis septembre 2024, je suis chargé de mission pour les doctorants et docteurs de l’UFR Arts, Lettres, Langues et Sciences humaines d’Aix-Marseille Université.
En sciences humaines et sociales (SHS), les débouchés des docteurs demeurent majoritairement académiques et dans le cadre de l’Éducation Nationale, alors même qu’ils et elles acquièrent, souvent avant la soutenance, des compétences transversales substantielles : organisation et gestion d’événements publics ; prise de parole devant des publics variés ; conception, pilotage et évaluation de projets complexes sur plusieurs années ; coordination d’actions hétérogènes convergeant vers une même finalité ; maîtrise d’outils numériques souvent supérieure à la moyenne ; plurilinguisme ; capacité d’initiative, de prise de risque raisonnée et de démarche expérimentale. Ces atouts, pourtant structurants, restent encore insuffisamment reconnus par le monde socio-économique.
Dans le rôle d’ambassadeur du doctorat, je souhaite contribuer à une meilleure connaissance de ces profils et à la création de passerelles durables entre recherche académique et tissu socio-économique. Concrètement, je propose d’organiser deux rencontres annuelles de type « job dating » – l’une à Aix, l’autre à Marseille – avec une attention particulière aux SHS, afin de favoriser le dialogue, la mise en relation et l’identification de besoins partagés. En complément, des « Journées des docteurs » (une fois par an) mettraient en lumière l’éventail des compétences et qualités associées à ces parcours, trop souvent méconnues. AMU a développé des dispositifs solides (formations transversales, Cité de l’innovation, cellules Partenariats et relations entreprises, CISAM) qui soutiennent efficacement l’insertion des étudiants ; il s’agit désormais d’en prolonger l’effet vers les docteurs, en particulier en SHS, comme l’indiquent les statistiques d’emploi, afin d’installer un cercle vertueux au bénéfice de l’ensemble de la communauté.